 |
Dossier administratif, avec une erreur sur l'orthographe du nom Coadou !
|
Lucienne
Anna Georgette Hubert est née le 12 mars 1906 à Pouancé dans le Maine-et-Loire (49).
Scolarité
Elle obtient
son
Brevet élémentaire en 1922, son Brevet supérieur en 1926. Elle suit la
formation d'institutrices à l’École normale de Laon dans l'Aisne de
1923 à 1926. Elle passe son C.A.P en 1926 et elle est titularisée le 1er janvier 1927. Puis elle
enseigne à Château-Thierry en 1935. C'est là où elle
rencontre son futur mari, François Coadou, dans une réunion syndicale. Elle se marie avec François Coadou le 5 octobre 1935 à Perros-Guirec.  |
1935 5 octobre L’Écho Perrosien, archives départementales 22
|
Un couple engagé dans le pacifisme avant guerre.
Dans les années 30, Lucienne et François Coadou sont deux personnes engagées dans le mouvement pacifiste. Alors en poste à Chateau-Thierry en 1937, sa participation à une réunion de Gérard Leretour, militant anarchiste, insoumis, créateur de La Ligue des objecteurs de conscience, vaut à Lucienne Coadou une note transmise par le commissaire de police adressée à l'inspecteur d'académie.
Lucienne Coadou ne se laisse pas impressionner et répond : "Cette réunion n'ayant rien de commun avec mes obligations professionnelles, j'ai le regret de ne pouvoir vous fournir l'explication à ce sujet."
Les différentes nominations de Lucienne coadou dans les Côtes-du-Nord.
En
1938, le couple décide de quitter l'Est de la France et de venir dans les Côtes-du-Nord en
Bretagne. Lucienne Coadou
est nommée comme directrice à Saint-Gilles-Pligeaux le 1er octobre 1938 avant de partir à Plouasne le 1er octobre 1942. A Plouasne tout ne va pas être simple en raison de l'hostilité du Maire, de la concurrence de l'école privée florissante (120 élèves dans le privé et 24 dans le public pour 2 classes) et d'une réputation d'autonomiste breton qui serait collée à M. Coadou par une partie de la population...
Ouest-France
annonce le 6 septembre 1945, dans le mouvement des instituteurs, que
Lucienne Coadou est maintenue à Plouasne sur son poste. Pourtant, le 1er octobre 1945, elle prend ses fonctions à Pleslin et y restera jusqu'au 30 septembre 1948.
Polémique à Pleslin
A Pleslin, là encore, les ennuis s'accumulent pour Lucienne Coadou. L'inspecteur ne doit plus savoir quoi penser quand il reçoit à son bureau deux pétitions rédigées par des groupes de parents de l'école publique, les uns pour le déplacement de Madame Coadou et les autres contre !
La première pétition, signée par 14 familles ayant des enfants dans la classe de l'institutrice, est envoyée à l'inspecteur le 30 juin 1948. Le rédacteur du courrier indique que la pétition "a été faite parce que nos enfants n'apprennent pas. Pas une seule n'a été envoyée au Certificat cette année. Elles ne vont pas à l'école rien que pour faire ou presque de l'imprimerie mais devraient faire surtout des calculs, des dictées ou du Français. Si madame Cadou reste quand même nous enlèverons nos 14 enfants au moins. Notre pétition comme le dit M. Coadou n'est pas faite contre l'école laïque, on est aussi laïque que lui, tandis que la sienne qui prétend défendre la laïcité est uniquement politique. Ont se moque de la politique, nous ont veut l'instruction de nos gosses c'est tout !".
Le deuxième groupe de parents "mis au courant de l'existence d'une pétition organisée par des éléments d'une laïcité très douteuse" affirme que "Madame Coadou s'est dépensée au-delà de ses forces pour son école et les oeuvres scolaires qu'elle a créées." (Il s'agit d'une amicale laïque). Ils se déclarent "satisfaits de l'enseignement qu'elle donne à ses élèves". Ils estiment que "l'administration seule est compétente pour juger les méthodes qu'elle emploie" et "demandent son maintien à Pleslin dans l'intérêt de l'école..."
L'Inspecteur primaire va établir une réponse argumentée qu'il transmet à l'inspecteur d'Académie avant d'en référer aux parents plaignants. Concernant les élèves qui ne sont pas présentées au Certificat d'études, l'inspecteur juge que la décision de l'institutrice était la bonne, les élèves n'étaient pas prêtes et avaient accumulé trop de retard dans leur scolarité. Il a constaté que les méthodes de Mme Coadou font appel à la créativité des enfants mais "On ne peut dire que les divers enseignements soient négligés." Il fait aussi référence à une rumeur selon laquelle Madame Coadou serait poitrinaire et dangereuse pour les enfants ! Et c'est vrai qu'il a constaté lors d'une inspection qu'elle avait dû s'absenter un quart d'heure pour qu'un médecin, qui lui avait prescrit le repos absolu, lui fasse une piqûre avant de reprendre sa classe mais écrit-il "N'y a-t-il pas là un trait de dévouement?". Par contre lorsqu'elle a dû s'absenter, "les conditions de son remplacement ont été déplorables" mais ce n'est pas un argument contre elle... En conclusion il préconise à Madame Coadou de montrer toute son autorité en classe, de diminuer pour un certain temps la part faite à l'imprimerie, de continuer de communiquer avec les parents et d'inscrire les élèves au Certificat même si leurs chances de réussite sont très faibles...
Enfin il écrit que "Mme Coadou n'a nullement démérité, qu'elle a au contraire poussé le dévouement jusqu'à l'extrême limite de ses forces et qu'il ne peut être question de la déplacer à moins qu'elle-même ne désire un poste d'avancement..."
C'est finalement la solution d'un poste se libérant à Dinan qui sera choisie par Lucienne Coadou...
Notons que l'inspecteur était venu visiter Mme Coadou dans sa classe le 15 mars 1948, avant cette histoire de pétitions et qu'il avait apprécié le travail : "L'emploi du temps est inspiré des méthodes Freinet". Il y a
en plus des temps plus formels de séances de calcul pour remédier aux
insuffisances de certaines élèves. Il existe aussi dans cette classe une
coopérative scolaire, une pratique d'enquêtes locales et un échange de
correspondance avec une autre classe. L'impression dominante était celle d'une classe très vivante.
Dinan, la direction de l'école Chauffepieds. 1948-1961
Mme
Coadou devient directrice le 1er octobre 1948 à Chauffepieds, en remplacement de Mme Laurent, tout d'abord à titre provisoire puis le 1er octobre 1949 à titre définitif. Elle restera en fonction
jusqu'en septembre 1961.Les différents rapports d'inspection conservés dans son dossier administratif vont nous donner bien des renseignements intéressants sur l'école Chauffepieds et aussi sur la pédagogie originale de cette institutrice...
Les meilleures élèves de l'école Chauffepieds étant orientées vers le second degré, la
classe de Certificat d'études est confiée à Mme Coadou. Ce 29 mars 1949, c'est la première inspection de Mme Coadou à Dinan, la classe est constituée d'un groupe de 17 filles. L'inspecteur note que la classe est "remise à neuf, bien entretenue, avec son parquet huilé. La classe est nette. Elle est agréablement décorée par des gravures, des travaux d'enfants, un tableau d'actualités." L'appréciation générale est très positive...
L'inspecteur prend toute la mesure du travail qui est effectué par l'institutrice quand il vient le 31 janvier 1951, avec cette année là les 13 filles de la classe du Certificat : "Bien que d'un faible effectif, cette classe est difficile en raison du faible niveau mental des élèves. Mme Coadou sait l'art de leur manager des tâches progressives, de les encourager au travail, de former leur goût et d'élever leur moralité."
La classe de Certificat d'études de Mme Coadou n'est pas facile, le niveau est très faible et l'inspecteur le constate encore le 26 novembre 1951 quand il vient la visiter. Mais l'institutrice interroge méthodiquement, montre de la patience et de l'exigence. L'inspecteur apprécie le travail : "C'est un labeur ingrat que la directrice d'école accomplit dans cette classe."
Le 1er février 1954, seules 9 filles sont présentes dans cette classe de Certificat d'études en raison du grand froid ! L'inspecteur note que Lucienne Coadou "apporte un appui dévoué au Centre d'enseignement ménager agricole." L'inspecteur a pu vérifier par lui-même le faible niveau des élèves à l'aide d'une série de 10 questions. Il comprend les difficultés de l'enseignante et juge qu'elle fait tout son possible pour améliorer la situation, tout en restant ferme et bienveillante avec ses grandes élèves.
Le 1er décembre 1954, ayant constaté toute la difficulté d'enseigner dans une classe où le niveau est très faible, l'inspecteur reconnait le travail remarquable de Madame Coadou.
L'inspecteur est dans sa classe de Fin d'études le 25 février 1957. Sept ou huit filles seront présentées à l'examen final. La classe est "vétuste et trop petite" mais "tenue avec goût". L'inspecteur apprécie le rôle tenu par Mme Coadou comme directrice : "Mme Coadou dirige son école avec distinction et autorité." Et en conclusion : "C'est dans une sympathique atmosphère de confiance que les grandes filles s'efforcent, avec elle, d'élever leurs savoirs."
L'inspecteur vient la voir dans sa classe le 16 mars 1959. L'école Chauffepieds comprend alors 5 classes et 109 élèves. Mme Coadou enseigne aux élèves de Fin d’Études.
En 1959, l'inspecteur mentionne que "l'école est vétuste et négligée par la municipalité. Un petit préau encombré de vieux meubles appelle notamment l'attention." L'inspecteur assiste à une séance autour des textes libres rédigés par les élèves : "l'exercice invite à des mises au point de grammaire et de vocabulaire mais aussi et surtout à une expression aussi fidèle que possible de la pensée". Et il poursuit sans prendre de gants et dans un registre qui ne serait plus possible de nos jours : "Il s'agit en effet de grandes filles dont la médiocrité d'intelligence interdit l'accès aux classes du second degré. Plusieurs d'entre elles vivent dans des foyers troublés, leurs préoccupations sont autres qu'intellectuelles."
Malgré tout, très satisfait de sa visite, l'inspecteur rédige une conclusion tout à fait encourageante : "Mme Coadou est une directrice distinguée dont l'établissement fonctionne avec beaucoup de régularité et de cohérence. Elle fait tout son possible pour élever la mentalité intellectuelle et morale d'élèves qui ont grand besoin de son influence".
Dans la presse
On a peu de traces dans la presse de Mme Coadou, à peine sait-on qu'en février 1952, à la soirée de variété de l'école laïque, Mme Coadou dirigeait la chorale de l'école Chauffepieds.
 |
20 février 1952 Ouest-France
|
Récompenses et retraite
Lucienne Coadou obtient la Médaille de Bronze de l'Instruction en 1956 et devient Officier d'académie en 1957. Elle prend sa retraite au 1er novembre 1961. Elle décède à l'âge de 80 ans, le 28 décembre 1986, à
Pouancé (49) où son mari décèdera également une année plus tard, le 7 janvier 1988.
François Coadou (1900-1988), un libraire bien connu à Dinan
 |
M. Coadou devant sa librairie, 11 juillet 1968 Ouest-France
|
Au début des années 50, après des années dans l'enseignement, François Coadou, devient libraire à Dinan
au 5 rue de l’Horloge ; c'était la Librairie du Théâtre qui fonctionnera jusqu'en 1973. En 1977 le pas-de-porte sera repris par une épicerie de produits biologiques...
 |
Photo Jean-Yves Ruaux.
|
Originaire de Paimpol et installé à Dinan depuis la
fin des années 40, comme son épouse, François Coadou avait été lui-même instituteur entre 1916
et 1941. C'était aussi un fervent syndicaliste et pacifiste. Il avait été en poste à Kérity-Paimpol en 1920, à
La Capelle en 1923, à Blérancourt en 32-33, à Fère-en-Tardenois en 1935. Il fut révoqué sous
l’Occupation compte tenu de ses opinions et de ses activités de secrétaire d'un syndicat sur plusieurs départements, responsable d'un cartel de fonctionnaires pour l'Aisne, la Marne et les Ardennes contre le gouvernement de Pierre Laval. Il était aussi alors trésorier d'un Comité d'entraide à l'Espagne libre.Anecdote
"Pendant l'Occupation, François Coadou fut dénoncé à la Feld Kommandantur. Il avait, selon ses accusateurs, diffusé des tracts anti-allemands portés par des carrioles entières au bureau de poste du lieu. En fait il s'agissait de commandes de livres que, devenu libraire ambulant après avoir été révoqué, il expédiait à ses clients". (Cité dans l'édition de Ouest-France Dinan du 13 septembre 1974)
M. Coadou était également écrivain, sous le nom de Pierre Omnès. Ayant d'abord publié des recueils de poésie, on lui doit des livres sur la Bretagne comme « L’appel des flots » ou
d’autres qui abordent le pacifisme et des questions sociales comme dans
"La Meule" en 1934, "Double exil" sur l'émigration des travailleurs en particulier bretons, au lendemain de la guerre 14-18, "Balles perdues" sur les tragédies consécutives aux conflits, ou "Cantegrive" en
1968 sur la vie dans une localité dans l'après 1945…
C’était un personnage de la vie dinannaise depuis
qu'il avait ouvert sa librairie. Un endroit où régnait "l’ordre dans le
désordre". Dans un article de Ouest-France daté du 11 juiilet 1968, François Coadou est interrogé sur son parcours par Jean-Yves Ruaux. Le libraire ne fait pas de concessions et le journaliste le confirme : "Il n'a rien renié de ses idées. Il demeure aussi peu opportuniste et aussi anticonformiste qu'il y a vingt-cinq ans". Ses livres ont toujours reflété cet état d'esprit, il ne s'en cache pas : "Je n'écris que lorsque j'ai quelque chose à dire, une position à défendre. Je m'efforce de lutter contre l'hypocrisie, l'égoïsme, la méchanceté, la bêtise... Je me refuse à toute compromission, même si comme cela se produit, mes intérêts en souffrent."
 |
M. Coadou. Photo Jean-Yves Ruaux, 1974
|
François Coadou avait plusieurs manuscrits dans ses cartons mais il ne semble pas les avoir publiés. Après avoir cessé son activité, il s'est retiré avec son épouse dans le Maine-et-Loire.
Sources
Dossier administratif de Lucienne Coadou, archives départementales 22, cote1451.
Articles de Ouest-France 11 juillet 1968, 13 septembre 1974, 19 janvier 1979.
Lucienne Coadou, née Hubert, fiche sur Généanet, cliquer ici François Coadou, fiche sur Généanet, cliquer ici L'Écho Perrosien, Perros-Guirec, 1935, annonce de mariage,
AD22 en ligne, page 161 sur 212.
Si vous avez des
réactions ou des éléments pour compléter cet article sur Lucienne Coadou
(photos, témoignages...) merci d'utiliser le formulaire de contact en haut à droite en laissant votre adresse mail pour que
je puisse vous répondre...
Retour vers le sommaire du blog de l'histoire des écoles de Dinan en cliquant ici
DOCUMENTS
 |
1937 Réunion
|
 |
1937 Réponse de Mme Coadou
|
 |
Pleslin 1948
|
 |
Dossier administratif Archives 22
|