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Une école en 1833 rue de l'Horloge
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Avant le 19ème siècle, écoles ou collèges ?
Quand on effectue des recherches sur les écoles au 18ème et au
19ème siècle, il est souvent fréquent de faire des confusions entre les écoles
et les collèges. Deux raisons principales à cela : le terme « école » peut être
utilisé pour désigner un collège, de même les établissements secondaires scolarisent
des élèves d'âge primaire même si ce n'est pas leur mission principale. Le terme "collège" n'a pas toujours été celui qu'on lui donne au XXe siècle. A Dinan comme dans beaucoup de villes, on a longtemps gardé le terme de collège pour désigner le lieu d'enseignement financé par la Ville qui scolarisait des enfants de la classe enfantine jusqu'à la fin du Lycée.
D'une manière similaire le terme "l'école» de Dinan, est déjà mentionnée en 1435 dans les Comptes du Duché de
Bretagne en 1435-1436 : "Aux enffans de
l'escolle du dit lieu de Dinam, du don de mondit seigneur, à la feste de saint Nicollas derreine passée, 1
escu". Cela signifie que le duc verse 1 écu à la Saint Nicolas pour
l'école de Dinan en 1435. Il s'agit d'un compte de dépenses pour l'année citée. (0)
En 1517, un aveu (déclaration fiscale sur l’honneur) situe une maison à l’angle de la rue où se trouve l’école.
En 1534 et 1570 dans des archives d'Ille-et-Vilaine, l'école désigne un établissement qu'on appellerait aujourd'hui d'enseignement
secondaire. En 1570, un litige avec la paroisse Saint-Malo qui conteste l’utilisation par la Ville de la maison de la rue de l’Ecolle. La ville gagne un procès intenté par le prieur de Saint-Malo de Dinan, François de Saint-Cyr. Moyennant deux cents livres, la Ville devient propriétaire d’une maison rue de l’écolle (sic). La rue de l’Ecolle, avec deux l à l’origine : « Avons ordonné que ladite maison demeurera propre aux habitants pour y tenir l’école des enfants de la ville ».(1)
Dans un autre document
très ancien des registres paroissiaux, on parle de l'un des professeurs, « maistre Jehan David...,
parouessien de Plouasne » qui meurt en 1570. Il est qualifié dans son acte de
décès de « régent de l'Escolle de Dinan ». (2)
Cet établissement, proche de la porte St Malo, a donné son nom à
la rue de l'Ecole. (3) La communauté de Ville, constatant que la maison d’école est trop petite va louer la maison voisine. Celle-ci appartient au couvent des Cordeliers mais ceux-ci sont, ne sont que « propriétaires bailleurs ». Ils n’ont absolument aucun rôle ni aucune responsabilité dans l’école de la ville, son financement, son organisation, son quotidien.
Cet établissement va chercher un nouveau lieu entre 1760 et 1770
Le 27 avril 1775, Mgr Des Laurents, évêque de St Malo, 27 avril 1775, propose à la Ville de lui vendre le couvent pour qu’elle y installe son collège. Mais le coût est jugé par le conseil de Ville trop élevé. Le 4 mai 1775, la communauté de Ville délibérant « sur l'utilité, commodité ou incommodité du projet d'établissement du collège, dans ladite maison de la Victoire », approuve les démarches faites auprès de Mgr Des Laurents pour l’installation du collège rue de Léhon. Mais elle y met une condition, que le Collège « ne puisse être confié à aucuns ordres ni congrégations régulières ».
En 1776, un accord est trouvé est la décision est prise d’installer le collège, financé par la Ville. L’Évêque obtient un droit de regard sur les nominations des régents.
Il obtient aussi que le collège porte son nom : "Collège Des Laurents".(4) Là aussi, le terme « école » est utilisé au
même titre que « collège ». On parle également d' "école secondaire". Des classes de septième et huitième figurent à différentes époques
dans l'organisation du collège (5) mais avec un effectif global réduit. On leur
confère malgré tout une réelle importance. (6)
On peut remarquer aussi qu'en
1773, l'école de Dinan (le Collège) s'est installée au 1 rue de la Ferronnerie, dans la
maison du père de Charles Duclos-Pinot. Mais de nombreuses initiatives individuelles vont se développer
indépendamment des collèges, nous nous attacherons à suivre avant tout leur
histoire. C'est celle de l'enseignement primaire à Dinan.
Les écoles pendant la période révolutionnaire
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1802, 29 Pluviose an 10, registre municipal page 32. Archives mairie
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On sait peu de choses sur l'organisation des écoles à Dinan
pendant la période de la Révolution. Dans ces années de grands bouleversements,
la loi du 17 novembre 1794 donne la possibilité de fonder des écoles
particulières.
Un sujet pose problème : la rémunération des maîtres. Dans un
premier temps elle est assurée par la République mais rapidement et faute de
moyens, on apprend que les deux instituteurs des écoles primaires de Dinan ne
reçoivent plus de traitement depuis le 1er vendémiaire de l'an IV (23 septembre
1795). C'est l'application de la loi Daumou. Les instituteurs n'ont pour seules
ressources que le logement gratuit et l'argent
versé par les familles qui le peuvent. Cette situation prive les enfants
pauvres de leçons gratuites et donc de toute instruction. Nous avons aussi quelques descriptions de la participation des
écoliers de Dinan pour les célébrations des nouvelles fêtes dans cette période
bien particulière. Lors de la fête de la République (an VI), dans le cortège
qui défile dans les rues avant de se rendre place de la liberté (du Champ) et
de la Concorde (place St Sauveur), on voit les "instituteurs à la tête de
leurs élèves tenant en main des rameaux de chêne . A la fête de la souveraineté
du peuple an VII, deux élèves du collège portent des bannières décorées de
guirlandes, de verdure et de rubans aux trois couleurs et avec des élèves de
l'école primaire, ils entourent un ancien militaire chargé de porter les tables
de la Constitution. A la fête des vieillards, trois enfants de l'école primaire
doivent aller décorer de feuillages la porte des vieillards désignés. (7)
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5 mai 1806. Indemnités des instituteurs. Archives mairie
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5 mai 1806. Archives mairie
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12 mai 1807. Archives mairie
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L'enseignement primaire à Dinan. 1808-1831
Nous avons à Dinan en 1808, l'école des frères Lamennais qui est en activité, elle sera reconnue en 1819. (9)
De leur côté,
les sœurs de la Sagesse sont installées depuis 1750-1751 mais sont
surtout occupées par leurs oeuvres
charitables et leur premier asile de l'enfance n'ouvrira qu'en 1843 (au numéro
34 de la rue st Charles). (10)
En 1813, une école primaire laïque est rue de l'Horloge. Elle est
dirigée par Antoine Picard et son adjoint se nomme François-Xavier Renaud.
(11)
En 1816, M.Picard est seul et
enseigne à 10 élèves gratuits.(12)
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16 février 1816. Délibération du conseil municipal de Dinan
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En 1819, les deux instituteurs touchent 400
francs mais cette somme comprend l'indemnité logement. (13)
En 1817, au sein de l'école ecclésiastique dirigée par l'abbé Bertier fonctionne une école primaire où on enseigne,
à partir de l'alphabet, la lecture et l'écriture. (14)
Des dossiers d'archives
de la Ville, concernant les écoles de garçons nous permettent de nommer
sommairement le nom des instituteurs de Dinan en 1830-1831. Il s'agit de
Picard, Baudet, Leyder, Gauthier (Hamon est décédé) et les Frères.
Concernant les instituteurs dinannais, le plus ancien dont on
connaisse bien l'état civil est Charles Hamon, né à Plédran en 1759 et décédé à
Dinan le 11-01-1831 à l'âge de 72 ans (acte ci-dessus). Fils de Joseph Hamon et
de Françoise Gicquel, il était veuf en
premier mariage de Laurence Duval et mari de Yvonne-Perrine Lesauvage.
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Charles Hamon (1759-1831), instituteur à Dinan
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L'autre instituteur de la même époque est Pierre Baudet né à
Rethel (Ardennes) en 1763 et décédé à Dinan le 05-12-1838 à l'hospice à l'âge
de 75 ans. Il était fils de Pierre et Marie-Hélène Joly et marié avec
Michelle-Perrine Ripuel.
L'enseignement primaire à Dinan. 1832-1834
Nous en savons un peu plus sur le paysage scolaire en 1832. Nous
avons : un collège communal rue de Léhon, un petit séminaire (les Cordeliers) avec comme directeur
Julien Bertier, l'école des frères de l'Instruction chrétienne avec 360 élèves,
des écoles primaires laïques, M. Gauthier avec 60 élèves au Vieux Couvent (c'est
l'ancien couvent des Dominicaines connu sous l'autre nom d'Hôtel Beaumanoir, 1
rue Haute voie) et Antoine Picard, rue de l'Horloge avec 30 élèves, le
pensionnat privé de Mme Desguez au n° 4 de la Grande rue, à l'Hôtel de Plouër,
les dames de la Sagesse au 34 rue Saint-Charles et enfin les dames Ursulines, rue
de Léhon (Mme Piriou, sœur Angèle, est la supérieure).
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L'école de M. Gauthier, au Vieux Couvent (Hôtel Beaumanoir, 1 rue
Haute voie)
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Dans l'enquête réalisée à la demande du ministre Guizot en 1833, on
apprend que 627 enfants reçoivent une instruction dans les six principales
écoles de la ville, 150 viendraient des communes environnantes. (15) En 1834, le Conseil est assez fier d'annoncer
que tous les enfants susceptibles de recevoir l'instruction primaire sont admis
dans les différentes écoles de la ville comme l'avait demandé le ministre
Guizot. Il faut préciser que le collège s'installe 6 ou 11 rue de l'Horloge dans
la maison dite de l'ancien gouverneur (ou du Vieux gouvernement ou maison Moizan) entre 1831 et
1833. (16)
C'est dans la maison du 11 rue de l'Horloge que
s'installera l'école communale au départ du collège.
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Ecole au 11 rue de l'horloge à Dinan. Photo RF
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Le local n'est pas en très
bon état comme en témoigne ce document « 1831. Réparation au 6 rue de l'Horloge.
Maison Moisan (Ce numéro deviendra par la suite le 11 rue de l'Horloge): « La maison de M. Moisan a été louée par la
ville de Dinan le 18 mars 1831 pour l'installation provisoire de son collège
pour 3 ans à partir de la Saint Jean Baptiste 1831 ; Sous les conditions
suivantes qu' une somme de 300 francs serait employée la première année en
réparations à la maison sur le prix du loyer de la première année et celle de
cent francs seulement pour le même objet chacune des années suivantes »
(archives municipales).
Mentionnons encore dans cette période ce livre de 1828 intitulé «
Alphabet syllabique et français ou Méthode ingénieuse et facile pour apprendre
à lire en peu de temps ». Cet ouvrage est imprimé à 1000 exemplaires par
Jean-Baptiste Huart dans ses locaux de rue de l'Horloge. Il totalise plus d'une
centaine de pages. Cette méthode se veut « Très utile à la jeunesse, tant pour
la lecture que pour la bonne orthographe, et très soulageante pour les
Instituteurs et Institutrices ». On y trouve quelques pages avec des modèles de
lettres, une étude des sons, des syllabes ; des pages de prières découpées par
syllabes ; dans le reste du livre il est surtout question de prières, de
conseils pour avoir une vie pieuse, à la maison, à l'école en classe ou en
récréation. Enfin, les aventures de Bertrand Têtu et de petits dialogues entre
le maître et son élève permettent de préparer quelques séances. (17)
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Sources
0. Document transmis par Yvon Le Corre en avril 2022. Texte page 108, (48), cliquer ici
1. Elie Gautier, « L'école
des Cordeliers de Dinan »
2. Registre paroissial de
Saint Malo du 8 avril 1570, cité par Bellier-Dumain « Histoire du collège »
3. Sur son emplacement a été
construit vers 1900 un immeuble dans lequel s'est installé la banque Bazin puis
la banque Gilbert et compagnie en 1926. D'après une note manuscrite de
M.Bellier Dumaine, exemplaire offert à la Bibliothèque de Dinan, page 10)
4.« L'école des Cordeliers de
Dinan » Elie Gautier, édité chez Jean Collet,
1986.
5. Annuaire des Côtes-du-Nord
1836. Nous notons que Dinan possédait l'un des six collèges du département
avant la Révolution avec St Brieuc, Lannion, Tréguier, Guingamp et
Plougernevel.
6. Bellier-Dumain, histoire
du collège page 118. M. Joubin, principal du collège en 1838 n'hésite pas à se
charger des classes l'enseignement élémentaire quand le personnel est incomplet
ou insuffisant.
7. Bellier-Dumaine, histoire
du collège p70, 71
8. Jacques Opportune Sergent
est né à Châteaudun le 22 avril 1765. Bellier Dumaine en parle dans son histoire
du Collège page 66. Il nous dit qu'il
est apprécié : « réuni à une pratique
très éclairée une théorie très profonde » archives municipales, registre de
correspondances du district, 1er oct 1791. Avant son arrivée à Dinan il « avait
servi comme instituteur particulier pour les mathématiques, la levée des plans
et le dessin à la carte pendant cinq ans à MM les officiers du corps royal de
l'artillerie, régiment de Besançon, archives nationales F.17 2835. Voir aussi
l'article d'Alexis Cordier dans le Pays de Dinan 1996.
9. Histoire et panorama d'un
beau pays, Bertrand Robidou.
10. Chalopin Michel.
L'enseignement mutuel en Bretagne de 1815 à 1850, page 84 ... Par contre, à
Rennes, beaucoup plus tôt, en 1807 elles avaient acquis une maison d'éducation
et scolarisaient 72 filles en 1816.
11. Archives départementales
1T56).
12. Archives mairie,
délibérations du Conseil, 16 février.
13. Archives mairie,
délibérations du Conseil, 15 mai).
14. Rapport de l'inspecteur
d'Académie, archives nationales E.17H 4385, cité par Bellier Dumaine p 90
15. Conseil municipal du 26
décembre 1833.
16. Histoire du collège,
Roger Faure
17. Disponible pour
consultation à partir du site Galica de la Bibliothèque Nationale de France
Pour en savoir plus : 3 dossiers
1. Accès aux documents des archives municipales de Dinan sur les premières écoles laïques de 1802 à 1819, cliquer ici
2. Jusqu'en 1833, peu de renseignements sur les instituteurs mais le plus ancien dont on connaisse bien l'état civil est Charles Hamon, né à Plédran en 1759 et décédé à Dinan le 11-01-1831 à l'âge de 72 ans. Fils de Joseph Hamon et de Françoise Gicquel. Il était veuf en premier mariage de Laurence Duval et mari de Yvonne-Perrine Lesauvage.
Lien pour consulter un document de l'état civil de Dinan sur Charles Hamon, cliquer ici
3. L'autre instituteur de la même époque est Pierre Baudet né à Rethel (Ardennes) en 1763 et décédé à Dinan le 05-12-1838 à l'hospice à l'âge de 75 ans. Il était fils de Pierre et Marie-Hélène Joly et marié avec Michelle-Perrine Ripuel.
Lien pour consulter un document de l'état civil de Dinan sur Pierre Baudet, cliquer ici
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| En 1830, M.Gauthier dirige une école dans le Vieux Couvent (Hôtel Beaumanoir) Dinan (photo R.Fortat) |
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