vendredi 27 mars 2026

Augustine Botta (1873-), née Joubeau, institutrice à l'école La Garaye à Dinan 1910-1926

 

Augustine Marie Joubeau est née le 11 octobre 1873 à Coëtmieux (22).

Elle se marie le 10 août 1907 à Lanvallay avec Ernest André Botta, entrepreneur de ciment, né le 17 septembre 1869 à Valdengo en Italie et demeurant à Dinan. On note dans les témoins du marié la présence de Joseph Uséo, entrepreneur à Dinan et dans les témoins de la mariée, Léonie Huet, institutrice.

La question posée à cette époque avec ce mariage était celle de la naturalisation de M. Botta, italien d'origine. Un an après son mariage, en mars 1908, Mme Botta reçoit un courrier lui assurant qu'elle sera "réintégrée dans sa qualité de française qu'elle avait perdue par son mariage" en raison d'un décret conférant la naturalisation à des étrangers ayant épousé des Françaises. 

Le couple aura deux enfants, André Louis-Marie Botta (1910-1954), né le 21 janvier 1910 à Lanvallay et Yvonne Marie Botta, née le 16 février 1914 à Dinan, mariée avec François Rouxel le 3 septembre 1930 à Dinan, décédée en 2016 à Saint-Agathon à l'âge de 102 ans.

Mariage Botta Yvonne  Dinan 22 août 1930 Ouest-Eclair
Scolarité 

Augustine effectue sa scolarité primaire à l'école communale de Coëtmieux. Elle obtient son Brevet élémentaire le 24 juin 1894. Dans son dossier on ne trouve pas de mention indiquant qu'elle aurait été élève de l’École Normale de Saint-Brieuc. Son premier poste obtenu en 1904, à l'âge de 31 ans, semble confirmer qu'elle ne soit pas rentrée dans l'enseignement par l’École normale.

Premier poste

Augustine Joubeau est nommée comme stagiaire à Lanvallay le 10 octobre 1904. Elle reste six années sur ce poste avant d'aller à Dinan.

Première nomination à Dinan : école maternelle, rue de La Garaye 1910.

Le 12 septembre 1910 elle est nommée à l'école maternelle de Dinan, rue de La Garaye. Marie Dagorne est la directrice de l'école. Augustine Joubeau est devenue entre temps Madame Botta, elle est mariée.

L'inspecteur vient dans sa classe les 27 et 28 janvier 1914. Mme Botta a 40 ans et 9 années de service. Elle a en charge la classe des grands de maternelle qui ont 5 à 6 ans. Il y a 70 inscrits mais seuls 32 sont présents le 28 janvier (ce qui n'est déjà pas mal!). L'inspecteur note dans son rapport : "Ce qu'il faut acquérir et ce que possède Mme Botta, c'est une méthode particulière, affectueuse, douce...pénétrant dans ces peites intelligences, les faisant observer, comparer, réfléchir, juger." 

Puis plus loin : « A l’école maternelle de Dinan on est respectueux  des recommandations officielles…Les enfants font une petite copie sur ardoises mais le genre de crayons qu’ils ont en main n’est nullement taillé… En se servant du syllabaire et des tableaux noirs sur lesquels elle dessine et copie des phrases, la maîtresse fait une leçon très intéressante à deux groupes d’élèves…"
Et en conclusion : "Mme Botta est bien à sa place dans une école maternelle. Elle sait comment il faut parler aux tout petits et en les aimant, elle parvient à s’en faire aimer… »

Conflit pendant la guerre 14-18

La Guerre 14-18 va bouleverser le quotidien des institutrices de l'école maternelle avec un afflux de réfugiés du Nord qu'il faut accueillir. La directrice Mlle Dagorne est totalement dévouée à la cause des enfants mais ses collègues, dont Mme Botta, veulent faire entendre leurs droits. Considérons aussi que son mari a été mobilisé le 3 août 1914, laissant son épouse avec leurs deux enfants. Il est bien difficile de juger mais un conflit va naitre de cette situation...

En juillet 1915 Mesdames Blanchard et Botta, institutrices adjointes à l’école maternelle de la Garaye écrivent à l’inspecteur pour lui demander 8 semaines de congés. Elles n’ont droit qu’à 6 semaines légales et se proposent d’effectuer un roulement sur les deux autres semaines. L’inspecteur n’est pas de cet avis.
« Tout le monde a fait un service plus chargé qu’à l’habitude et la directrice seule dans l’établissement a fourni un effort qu’il y a lieu de saluer sans réserve. Elle a sacrifié ses jours, une partie de ses nuits, ses congés pendant plus d’un an, sans récriminer, sans parler de ses droits, et elle continue. »
En prenant comme référence Mlle Dagorne, il  y a peu de chance que beaucoup puissent avoir grâce aux yeux de l’inspecteur !
Mlle Dagorne renvoie un courrier à l’inspecteur et se désole du ton  conflictuel pris par cette affaire: «J’ai l’honneur de vous retourner la longue énumération des doléances et réclamations de mes collaboratrices ; j’en suis très affligée. » Elle indique le roulement qui est mis en place pour que le service soit assuré et essaie de proposer une solution pour tout arranger : « Si ma santé me le permet, je ferai l’abandon de ma dernière quinzaine de congé. ». Mais Mesdames Blanchard et Botta, sont furieuses de la réponse de l’inspecteur. Elles lui disent ce qu’elles en pensent avec une certaine vigueur. Cette lettre nous fournit par la même occasion des renseignements sur la vie à l’école maternelle pendant la guerre 14/18.
« Nous avions demandé 8 semaines de vacances, moins parce que nous croyions y avoir droit que parce que nous en avions le plus grand besoin. Nous pensions puisqu’il y avait des intérimaires en vacances à Dinan, que ces demoiselles auraient pu nous suppléer pendant les vacances, afin que nous puissions prendre un repos que le docteur lui-même reconnaissait absolument nécessaire.
Vous savez  qu’à nous deux, nous avons assuré cette année à l’école maternelle, un service fait auparavant par trois institutrices, service infiniment plus pénible puisqu’une partie des locaux était attribuée à la crèche…On avait joint un groupe de Flamands, ne sachant pas un mot de français. Tous nos jeudis (à tour de rôle) se sont passés dans ce brouhaha infernal. Par roulement nous avons fait classe aux plus grands, classe pénible s’il en fut, et qui ne nous a apporté d’autre satisfaction morale que la gentillesse de nos chers petits élèves, mais gentillesse remuante et bruyante qui nous met les nerfs à fleur de peau. D’autre part voici un an que la guerre nous a pris nos maris et nos frères et nous avons vécu dans une angoisse perpétuelle à leur endroit. C’est bien quelque chose cela, qui ajouté aux fatigues de l’emploi nous ont fait arriver aux vacances dans un tel état de santé qu’il ne nous était plus possible d’aller plus loin.
»
Elles rappellent qu’elles sont de service 6 jours sur 7 quand elles sont de surveillance, qu’il n’y a pas toujours de suppléantes pour remplacer les institutrices malades (dans ce cas deux institutrices de Chauffepieds viennent bénévolement aider pour les surveillances)
« Nous ne demandons ni compliments, ni récompenses pour ce que nous avons cru devoir faire. Mais il nous est profondément pénible, après l’année que nous avons passée, de voir qu’à l’Inspection Académique on a l’air de nous prendre (pardonnez-nous l’expression) pour des tire-au-flan ! »
L’inspecteur ne semble pas faire cas des réclamations et annote ce courrier pour faire passer son message à l’inspecteur d’académie « J’ai visité beaucoup d’écoles maternelles : à mon avis, on ne peut assimiler au point de vue  du travail fourni et des efforts faits le rôle de 2 adjointes d’un de ces établissements à celui de deux adjointes chargées de classes élémentaires moyennes. »

Deuxième nomination à Dinan : école de Filles La Garaye 1920. 

L'inspecteur vient la visiter le 8 novembre 1921, une classe de 29 élèves avec trois groupes d'élèves. Dans sa conclusion l'inspecteur insiste sur le fait que Mme Botta "a été longuement attachée à une école maternelle...". Et cela lui demandera une adaptation... 
1923

L'inspecteur est de nouveau dans sa classe les 10 et 13 février 1925, une classe de 27 élèves de CM1. Le 10, Madame Botta fait une leçon sur le système métrique pointant le rapport entre les volumes et les mesures du bois de chauffage. L'inspecteur note que "Mme Botta s’est pliée aux exigences de cette classe".

L'inspecteur vient la visiter le 13 février 1925, une classe de Ce2 et Cours moyen 1ère année avec 22 filles sur 24 inscrites. L'école comprend 4 classes en tout. Madame Botta présente une leçon de géographie sur la Garonne et ses affluents. L'inspecteur note que la discipline est bonne. Dans sa conclusion l'inspecteur observe que "Mme Botta est maintenant familiarisée avec les exigences de cette classe. Elle y a fait cette année encore des sérieux efforts et les résultats obtenus sont bons".

Après cette inspection en 1925, il n'y aura plus d'autre rapport d'inspection en raison du départ en retraite de Mme Botta en 1926.

Un sujet épineux

Le 25 novembre 1925 Madame Botta reçoit un courrier de l'Inspecteur d'académie l'invitant à s'expliquer sur son choix de scolariser son fils dans l'enseignement privé à l'école Saint-Charles.

Madame Botta prend quelques jours de réflexion et répond à l'Inspecteur d'académie dans un courrier daté du 3 décembre. Elle explique que son fils André a fait sa scolarité primaire dans le public et qu'il est entré au Collège des garçons de Dinan comme demi-pensionnaire. Là, les résultats furent en baisse sérieuses, "Le résultat fut lamentable" selon les termes de Mme Botta. Le choix de Saint-Charles fut décidé par des liens familiaux avec cet établissement. L'enfant s'y plait et obtient de bons résultats. Et Madame Botta de conclure : "Je regrette vivement que l'essai loyal du Collège de Dinan n'ait pas réussi." Aucune pièce n'étant ajoutée à ce dossier, il semble que l'affaire s'arrêta là... En 1926, André Botta était étudiant en philosophie...

Le temps de la retraite

Mme Botta cesse ses fonctions en juillet 1926 à la suite de graves problèmes cardiaques et de la mort de son mari. Elle est mise en retraite le 30 décembre 1926. Son adresse à Dinan est alors rue Ambroise Bernard.

L'entreprise Botta à Dinan 

21 décembre 1923 Ouest-Eclair

L'entreprise de son mari, rue Ambroise Bernard, était au nom de Madame Botta. Au décès de son époux, Mme Botta fit paraitre une annonce dans Ouest-Eclair le 14 mars 1924, assurant ses clients qu'elle continuait la fabrication des agglomérés, tuyaux etc en ciment, et qu'elle restait dépositaire des Toitures en Everite et Fibro-ciment... En 1929, l'entreprise figurait toujours dans l'annuaire des entreprises de Dinan, au nom de Mme Botta (source ici).

Ouest-Eclair 14 mars 1924

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Sources

Archives départementales. Dossier personnel 1T571

Archives de l'école de La Garaye.

Acte de naissance dans les archives en ligne, registre des naissances 1873, cliquer ici.

Acte de mariage, Botta-Joubeau, Lanvallay 1907, ici

Acte de naissance de Yvonne Botta, registre des naissances 1914, Dinan, vue 15, ici

Acte de naissance de André Botta, registre des naissances 1910, Lanvallay, ici 

Site de généalogie Généanet, Yvonne Botta, fille, ici 

Liste des constructeurs de Dinan, 1929, ici

Liens 

L'histoire de l'école La Garaye à Dinan, cliquer ici

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Documents


 

1910 André, fils

1910 André, fils


1914 Yvonne, fille, Dinan

 

1914 Yvonne fille Dinan

1925, affaire Saint-Charles

1926 Maladie et retraite

1926 demande de mise en retraite


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